Préambule

 

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Luc Alleaume et la photographie argentique noir & blanc. Après avoir maitrisé les différentes techniques des procédés anciens, tirage au sel, cyanotype, platine, palladium, il s’oriente depuis quelques années vers un travail de photographe plasticien. A une époque où le numérique connaît son apogée, à contre-courant, il fait naître des œuvres résolument contemporaines où le rendu, parfois surprenant, s’apparente à de la peinture. « Le négatif est pour moi comme le patron d’un vêtement », en utilisant des supports les plus improbables (miroir, toile tissée, vitre, gaze pharmaceutique…), il joue avec les possibilités infinies des réactions chimiques. Il a baptisé sa méthode « Inactinic Paint Art ».

 

Tampon noir

Luc Alleaume et la photographie argentique noir & blanc

La création en tirant et en photographiant

Le credo respectueux et iconoclaste d’un héritier d’Atget

 

Les créations de Luc Alleaume vous parlent, vous interpellent, vous secouent ? Résolument créatives, elles favorisent le dérapage dans l’imaginaire. Cette expérience imaginative s’appelle la participation du spectateur. Elle est la preuve certaine que vous voilà devant une œuvre. Vous voilà planté devant un grand format dont les angles, les lignes, les profondeurs ou les surfaces vous font vibrer d’une façon inhabituelle. Vous n’en finissez pas de découvrir le grain profond, les formes troublantes et d’être touché par la présence de ce qui semble, au revers de l’évidence, vous contempler. La clef de ce langage vous échappe ? En quel territoire vous aventurez-vous ? Est-ce encore de la photographie ou plutôt de la peinture ?

 

Bienvenue en Inactinic Paint Art territoire.

Mais avant de s’être approprié d’autorité ce territoire novateur, Luc Alleaume a beaucoup prospecté. Orpailleur de fragments de lumière, il n’a découvert sa mine d’or qu’au terme d’une patiente et obstinée dramaturgie de la recherche dont d’autres pages lui restent probablement à écrire. Retraçons le parcours.

Acte 1 : la chambre noire.

La voie singulière de Luc Alleaume est celle de l’expérimentateur passé par 25 années de recherches. Le travail inlassable de laboratoire, il n’y aura jamais de changement d’optique à ce sujet. Il faut premièrement l’imaginer plongé dans le noir révélateur de ses différents labos photo. Une belle machine à soufflet au-dessus de la tête, serviteur invisible au profane, permettant d’infinis ajustages, réglages, le tout de la trouvaille ultime. Tireur avant tout, à l’origine, il peut prétendre sans forfanterie avoir aujourd’hui maitrisé les multiples techniques des procédés anciens, tirage au sel Cyanotype Platine, Palladium. La chimie de la lumière sur tous supports, il lui arrache un à un tous ses secrets. Cela donne des idées et les trouvailles, habillement répertoriées, dessinent en pointillé une trajectoire, le parcours à suivre, justement. Jamais nonchalantes, ses mains de tireur forcent le hasard des trouvailles. Et avec un tel regard d’artisan, impossible de laisser les nuances de côté.

Acte 2 : détenir son propre langage, affirmer sa signature.

Et pour ce faire, côtoyer d’autres artistes, s’exposer en exposant. Et à une époque où le numérique connaît son apogée, à contre-courant totalement, il décide de faire naître des œuvres résolument contemporaines en revisitant tout bonnement l’ensemble des procédés anciens.  La voie se précise de plus en plus. Il affectionne les grands formats, joue avec le vernissé de la résine ou le faux classicisme de certains tirages sur papier photosensible. Il a Berger à la bouche et, entre les doigts, des résultats de plus en plus inédits, encadrement compris.

Acte 3 : c’est décidé, il sera photographe plasticien avec un nom de baptême déposé, la méthode « Inactinic Paint Art ».

L’orientation, depuis quelques années, est assumée vers un travail hybride de photographe plasticien.  Le rendu, parfois surprenant, s’apparente à de la peinture. « Le négatif est pour moi comme le patron d’un vêtement, en utilisant des supports les plus improbables (miroir, toile tissée, vitre, gaze pharmaceutique…), je joue avec les possibilités infinies des réactions chimiques ». Baudelaire considérait de façon un peu méprisante la photographie comme « la servante de la peinture », Luc Alleaume les associe sans rien retrancher au pouvoir de la photographie de sorte que ses œuvres sont aussi bien photographies que tout à la fois peintures. Chaque tirage constitue une pièce unique.

Texte - Stéphane Goni  

Des rencontres déterminantes

 Avec Guy Gérard

 A force d'explorer les différents produits photographiques, c'est tout naturellement que Luc Alleaume a croisé la route de Guy Gérard, PDG de la société BERGGER.

 A Paris, l’espace BERGGER est un lieu dédié à la photographie noir et blanc pour permettre à tous les passionnés de découvrir l’ensemble des papiers, films et produits de la gamme BERGGER à travers leur interprétation par des photographes professionnels lors d’expositions. Pour l’inauguration de cet espace en 2003, Guy Gérard a souhaité mettre en avant le travail du photographe tireur Luc Alleaume car "son approche très sensitive de la photographie et la pluralité des thèmes qu’il aborde, permettent de révéler les différentes tonalités et toute la richesse des gris qu’offre l’exploration de la photographie noir et blanc" (…). Bergger lui propose ainsi la primeur de présenter une trentaine de photographies de différents formats, sélectionnées parmi les très nombreux clichés qu’il a pris depuis une dizaine d’année.

 L’exposition est organisée en deux parties : la première est un enchaînement de plusieurs triptyques : paysages maritimes et architectures industrielles mais également portraits et nus. La deuxième partie est réservée à la dimension technique de son travail et présente une table lumineuse et des négatifs, un travail de retouche sur plaques de verre, des tirages liés aux procédés anciens, une série de la même photo mais traitée différemment et des photos sur papier Arches de 850 grammes (Léa).

 A l'heure où les enseignes comme ILFORD ou AGFA abandonnent la fabrication des produits argentiques à cause de la montée du numérique, BERGGER s'efforce de rester aujourd'hui en France l'un des seuls fournisseurs de papiers et produits pour usage professionnel. Les conséquences directes de ce phénomène de société sont d'une part la raréfaction des tireurs et de leur savoir-faire, et d'autre part l'explosion de la cote de la photographie d'art en argentique.

 

 Avec Alain Coupas

 Devant l'épreuve de la reconnaissance de leurs arts qui finalement relèvent autant d'un savoir-faire que d'une vocation, Alain Coupas, peintre contemporain et Luc Alleaume se sont trouvés au hasard d'une rencontre. Le maître mot entre ces deux artistes est bien, le partage. Sans fioriture ni hypocrisie que ne peuvent d'ailleurs concevoir leurs deux caractères spontanés, une histoire d'amitié est née et ne cesse de s'enrichir au fil du temps. Cette rencontre permet aujourd'hui de dire combien il est important de se nourrir de l'autre pour au début comprendre et ensuite reconnaître la qualité des œuvres, notamment quand – pour la photographie - le spectre du numérique menace et que le raccourci se fait dans l'esprit collectif de dire qu'"il est facile de faire de la photo !".

 L'originalité de leurs travaux passe entre autres par les matériaux atypiques et la façon dont ils les utilisent. Chez l'un, la résine emprisonne les pigments colorés dans la toile et, chez l'autre, les produits chimiques ancrent les sels d'argent dans les fibres des différents supports. Ainsi, de leurs échanges artistiques sont nées des œuvres inédites qui mêlent la photographie à la peinture !

 

 

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